« La montée de Vianden, une ambiance digne du Tour de France »
À l’approche du Skoda Tour 2025, qui se déroulera du 17 au 21 septembre, Andy Schleck, revient sur les nouveautés du parcours, les ambitions du Tour, et les enjeux d’un événement devenu incontournable pour le cyclisme luxembourgeois.
Andy Schleck
Le parcours est important, mais ce sont les coureurs qui en déterminent la difficulté. Chaque année, nous introduisons des nouveautés. En 2025, nous avons prévu un contre-la-montre plus long avec un tracé de 26 km situé à Niederanven, presque au centre du Luxembourg et donc proche de la capitale. Ce choix pourrait être décisif pour la victoire finale. Mais avant, il y aura également l’étape reine Mertert–Vianden, avec une arrivée spectaculaire au château de Vianden et trois ascensions exigeantes. Les coureurs vont souffrir. Et nous avons également une étape dédiée aux sprinteurs, même si, comme encore une fois, ce sont les coureurs qui rendent la course difficile.
Andy Schleck
C’est le grand défi chaque année : concevoir un parcours équilibré. Nous ne sommes ni un Tour des Alpes ni un Tour du Benelux. Au Luxembourg, tous les profils peuvent prétendre à la victoire. Un sprinteur pur aura peut-être du mal sur l’étape reine, et un rouleur ou un grimpeur peut tirer son épingle du jeu, mais inversement aussi sur les autres étapes. Le contre-la-montre peut aussi être un arbitrage intéressant. C’est un parcours équilibré qui reste ouvert, et c’est ce qui rend la course passionnante.
Andy Schleck
Chaque étape a une ville de départ et une ville d’arrivée. L’arrivée est plus attractive pour les communes en termes de visibilité. Ces dernières années, nous avons reçu de nombreuses demandes. Le Skoda Tour est devenu un véritable outil de promotion touristique, diffusé à l’international via Eurosport et d’autres chaînes. Nous essayons de représenter toutes les régions du pays, même si cela demande une logistique complexe pour ne pas perturber la circulation. Mais dans l’ensemble, il y a une réelle demande, car nous avons un beau produit, une belle marque et une belle vitrine pour le pays.
L’ADN du cyclisme est son accessibilité
Andy Schleck - Président du Skoda Tour
Andy Schleck
L’ADN du cyclisme est son accessibilité. C’est un sport où il ne faut pas de billet d’entrée pour le regarder, c’est un sport ouvert à tous, aux jeunes et aux moins jeunes. Les spectateurs choisissent souvent des endroits stratégiques, comme les montées, où le spectacle est plus intense. Évidemment, sur la ligne d’arrivée, il y a des zones animées, mais nous ne les appelons pas officiellement « fan zones ».
Andy Schleck
Le comité d’organisation compte seize membres, répartis en groupes de travail selon les étapes. En plus, nous avons environ 200 bénévoles qui nous aident pendant l’événement. C’est une organisation bien rodée, avec une forte implication quotidienne de nos membres.
Andy Schleck
Trouver des bénévoles est toujours un défi, comme le confirment d’autres organisateurs. Mais nous les considérons comme faisant partie de la famille du Skoda Tour. Nous organisons une soirée pour les remercier et nous les mettons en valeur. Cette approche crée un véritable attachement, et ils reviennent avec plaisir.
Andy Schleck
Oui, la montée de Vianden offre une ambiance digne du Tour de France, avec une route étroite et beaucoup de public. Le col du Pabeierbierg (803 mètres, avec une pente moyenne de 10,4 %) au Limpersberg est également très apprécié, car il peut être décisif pour la course. Ce sont les deux ascensions phares de l’édition 2025.
Andy Schleck
Les équipes sont confirmées et la liste définitive sera bientôt connue, mais les coureurs peuvent changer jusqu’à quatre jours avant le départ. Nous avons déjà des noms prestigieux comme Mads Pedersen et Mathias Skjelmose (Lidl-Trek), ancien vainqueur du Skoda Tour. En général, nous pouvons connaître les noms des coureurs deux à trois semaines avant la course.
Andy Schleck
On espère toujours voir un Luxembourgeois sur le podium ou remporter une étape. Mais face aux grands noms présents cette année, cela semble difficile. Cela dit, courir à domicile est une motivation supplémentaire, en plus de l’énergie du public, du soutien des proches, de la connaissance du terrain… tout cela peut faire la différence, donc tout reste possible.
Je préférais l’époque où je courais
Andy Schleck - Président du Skoda Tour
Andy Schleck
Personnellement, je préférais l’époque où je courais. Aujourd’hui, le cyclisme est plus professionnel, avec une attention extrême à la nutrition et aux données, le tout avec des moyens financiers beaucoup plus élevés, avec des salaires élevés (en moyenne 450 000 euros à l’année). Ce qui donne aussi beaucoup plus de poids et de responsabilités sur les épaules des coureurs vis-à-vis des sponsors et des enjeux financiers. Cela réduit la liberté des coureurs. Le travail sur les données est aussi beaucoup plus prononcé, ce qui enlève un peu du caractère aux coureurs et à la course. Alors, c’est vrai que les vitesses moyennes sont plus élevées qu’il y a quinze ans, mais ils ne roulent tout de même pas 10 à 20 km/h plus vite que nous à notre époque. Au final, l’ADN du cyclisme reste le même : celui qui pédale plus fort gagne éventuellement la course. Je pense qu’à l’époque, où l’on roulait plus avec le cœur qu’avec la tête, on avait davantage de plaisir à gagner et à rouler qu’aujourd’hui.
Andy Schleck
Je suis contre le plafonnement des budgets des équipes cyclistes. À mes yeux, ce serait une mauvaise solution à un vrai problème. Bien sûr, il existe des disparités importantes entre les formations les mieux financées — comme UAE ou Jumbo-Visma — et celles qui peinent à boucler leur budget. Mais limiter les ressources d’une équipe sous prétexte qu’une autre n’a pas les mêmes moyens reviendrait à pénaliser l’excellence et l’investissement. Ce n’est pas la bonne approche.
Il faut plutôt réfléchir à des mécanismes qui permettent de rééquilibrer les chances sans freiner le développement des structures les plus ambitieuses. Par exemple, chaque coureur possède un certain nombre de points UCI, qui reflètent son niveau et ses performances. Pourquoi ne pas envisager un système où, pour les grands tours comme le Tour de France, les équipes seraient soumises à une limite de points cumulés ? Cela obligerait les formations les plus riches à faire des choix stratégiques dans la composition de leur effectif, et éviterait qu’elles alignent systématiquement les meilleurs coureurs sur toutes les courses.
Ce type de régulation serait plus équitable, car il ne touche pas aux finances, mais à la répartition des talents. Il permettrait de préserver une certaine compétitivité entre les équipes, tout en respectant les efforts de celles qui investissent dans le sport. Le cyclisme a besoin de diversité, mais aussi de liberté pour innover et progresser. Trouvons des solutions intelligentes, plutôt que de brider ceux qui font avancer la discipline.
Andy Schleck
C’est une ambition que nous nourrissons depuis plusieurs années. Le Skoda Tour a beaucoup évolué, tant sur le plan sportif que logistique. Les éditions précédentes ont été saluées par les coureurs, les équipes et les médias. Nous avons également reçu un soutien croissant de l’étranger, ce qui montre que notre course a une vraie crédibilité. Le Luxembourg a une histoire cycliste riche, et ce n’est pas parce que nous sommes un petit pays que nous devons nous limiter. Organiser une course World Tour serait une reconnaissance de notre travail et de notre passion.
Andy Schleck
C’est une idée que nous avons toujours en tête. Nous n’avons pas les pavés de Paris-Roubaix ni les routes blanches de la Strade Bianche, mais nous avons des frontières proches. Une course traversant quatre pays serait un beau symbole et une belle histoire à raconter.
Andy Schleck
J’aimerais beaucoup organiser une version féminine. Le cyclisme féminin gagne en notoriété. Ce n’est pas une question de volonté, mais de budget. Si nous obtenons le soutien nécessaire de la part de sponsors et des autorités luxembourgeoises, je lancerais le projet dès demain.
Andy Schleck
Oui, c’est possible. Le Luxembourg a déjà accueilli le Grand Départ, notamment en 2002. L’envergure du Tour a grandi, mais c’est faisable. En 2028, cela ferait 100 ans depuis la victoire de Nicolas Frantz, une date symbolique. Ce serait une formidable occasion de célébrer notre histoire cycliste. Mais cela dépend beaucoup de la volonté politique. Il faut que les autorités s’engagent, que le gouvernement soutienne la candidature, et je pense que l’on va dans ce sens. Le Tour de France est une vitrine exceptionnelle pour un pays, et j’espère que nous saurons saisir cette opportunité et que notre candidature sera retenue par les organisateurs du Tour.
Andy Schleck
J’ai toujours des idées en tête, mais je préfère en parler une fois qu’elles sont concrètes. Concernant mon magasin, nous sommes très actifs : nous ne vendons pas seulement des vélos, nous créons une communauté autour du vélo. Chaque samedi, nous organisons des sorties et des événements. Le vélo est bon pour la santé et le mental, et nous sommes fiers de promouvoir ce mode de vie.
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