Le Statec ne mesure plus l’éloignement d’un logement en kilomètres mais en minutes de voiture vers la capitale. En croisant cette nouvelle méthode avec ses derniers chiffres de l’immobilier, Autotouring a fait le calcul. Chaque minute de trajet en plus va de pair avec un prix inférieur d’environ 7 000 euros pour un appartement ancien de 80 m².
Mersch et Esch-Belval se trouvent à des distances comparables de Luxembourg-Ville. Pourtant, selon les données reprises par le Statec, il faut en moyenne 29,8 minutes pour rejoindre le centre de la capitale en voiture depuis Mersch entre 8 et 9 heures du matin, contre 39,1 minutes depuis Belval. Kockelscheuer, à une dizaine de kilomètres seulement, affiche 27 minutes, surtout à cause des embouteillages. À Limpertsberg, 9,7 minutes suffisent. Ces écarts, tous ceux qui prennent la voiture chaque matin pour aller travailler dans la capitale les connaissent. Ils comptent désormais dans les statistiques officielles du logement.
Des kilomètres aux minutes
Pour suivre l’évolution des prix, le Statec ne peut plus se contenter de comparer le prix moyen des ventes d’un trimestre à l’autre. En effet, si davantage de grands appartements sont vendus sur une période, la moyenne grimpe sans que les prix aient réellement augmenté. L’institut utilise donc un calcul qui estime ce que vaut chaque élément d’un logement (surface, neuf ou ancien, cave, place de parking) et ce qu’ajoute ou retire son emplacement.
Jusqu’ici, pour les appartements, cet emplacement était mesuré par la distance en kilomètres entre la commune et Luxembourg-Ville. La méthode était simple, mais elle ignorait les bouchons. Depuis juin 2026, le Statec utilise à la place le temps de trajet moyen en voiture, fourni par le ministère de la Mobilité et des Travaux publics. Ce temps de trajet sert aussi au calcul des prix des maisons anciennes. Le changement est détaillé dans une étude publiée en septembre.
Environ 7 000 euros la minute
Selon cette étude, deux appartements identiques ne valent pas le même prix si l’un se trouve à une minute de voiture de plus de la capitale. En 2025, chaque minute supplémentaire va de pair avec un prix inférieur d’environ 1,2 %.
Pour traduire ce pourcentage en euros, nous l’avons appliqué aux derniers prix publiés par le Statec et l’Observatoire de l’Habitat dans « Le Logement en chiffres » de septembre 2026. Entre juillet 2025 et juin 2026, un appartement ancien de 70 à 89 m² s’est vendu en moyenne 7 534 euros le m². Pour 80 m², soit environ 600 000 euros, une minute de trajet en plus correspond à un peu plus de 7 000 euros. Dix minutes représentent environ 68 000 euros. Dans le neuf, plus cher au m², la minute approche 9 000 euros. Le montant varie selon la région. Au prix moyen du m² ancien, toutes surfaces confondues, la minute représenterait environ 6 500 euros dans le canton d’Esch-sur-Alzette et environ 9 400 euros dans celui de Luxembourg.
Entre Mersch et Belval, l’écart lié au temps de trajet avoisinerait ainsi 64 000 euros pour un même appartement ancien de 80 m². Il s’agit d’un ordre de grandeur, puisque le calcul se fait commune par commune.
Ce chiffre ne mesure pas pour autant le seul prix des bouchons. Le calcul ne distingue pas les minutes perdues dans les embouteillages de celles passées à rouler normalement. Surtout, le temps de trajet reflète aussi tout ce qui va avec la proximité de la capitale, comme les emplois, les services ou le cadre de vie. Le Statec ne prouve d’ailleurs pas que les minutes comptent davantage que les kilomètres. Les deux vont le plus souvent de pair, et le nouveau calcul n’explique les prix que très légèrement mieux que l’ancien, un peu plus nettement sur les années récentes.
Peu d’effet sur l’indice
Le prix de la minute n’est pas figé. Il a augmenté entre 2015 et 2020, passant d’environ 1,2 % à 1,6 %, avant de revenir à son niveau de départ dès 2023. Aux prix actuels, le taux de 2020 porterait la minute à près de 9 600 euros. Pour toutes ces années, le Statec a utilisé les mêmes temps de trajet, ceux de 2022. Ce n’est donc pas la mesure du trajet qui a changé, mais le poids que le marché lui accorde.
Sur l’évolution générale des prix publiée chaque trimestre, le changement de méthode pèse peu. Il est plus sensible pour les appartements achetés sur plan, dont les ventes restent rares. Pour le Statec, l’intérêt est ailleurs. Contrairement à la distance, le temps de trajet évolue avec les routes, les chantiers et le trafic, et il sera mis à jour chaque année.
Au Luxembourg, le temps passé sur la route ne se paie pas seulement en nerfs et en carburant. Il se lit aussi dans le prix des logements.
Le train et le bus, grands absents
Le Statec justifie le passage aux minutes par la qualité des transports et des correspondances. Pourtant, la mesure retenue ne regarde que la voiture, à l’heure de pointe du matin. Le train, le bus et le tram ne comptent pas. Pour un ménage qui rejoint la capitale en transports en commun, deux communes au même temps de trajet en voiture peuvent offrir des situations très différentes.
Seule la capitale est prise en compte comme destination. Esch-sur-Alzette ou la Nordstad, autres pôles d’emploi du pays, n’entrent pas dans le calcul. Le Statec cite d’ailleurs la connectivité des transports en commun parmi les pistes pour améliorer son modèle.
Le bouchon bientôt dans l'impôt foncier ?
Le temps de trajet utilisé par le Statec est celui prévu par la réforme de l’impôt foncier. Déposé en 2022, le projet de loi a été scindé en deux en juillet 2025, et le volet impôt foncier se poursuit sous le numéro 8082A. Dans la version amendée par le gouvernement, l’accessibilité par rapport au centre de Luxembourg reste l’un des critères qui fixent la valeur d’un terrain.
Selon le Statec, ce temps de trajet doit être actualisé chaque année. En théorie, une nouvelle route ou des bouchons durables pourraient donc, à terme, peser sur l’impôt. Le texte est toujours examiné en commission à la Chambre des députés. S’il est voté, le gouvernement prévoit une entrée en vigueur au 1er janvier 2029, pour un premier impôt calculé selon ces règles en 2030.