Longtemps engagée en Formule E, DS Automobiles a changé d’élément. La marque est devenue cette saison partenaire titre de l’équipe de France de SailGP, un championnat de catamarans volants surnommé « Formule 1 des mers ».
Le SailGP a été imaginé en 2018 par Larry Ellison, fondateur d’Oracle, et Sir Russell Coutts, quintuple vainqueur de la Coupe de l’America. Les deux hommes rachètent les catamarans de l’America’s Cup 2017, les rendent strictement identiques et lancent un circuit mondial doté de six bateaux et six épreuves. Sept saisons plus tard, treize équipes nationales s’affrontent sur treize Sail Grand Prix étalés sur onze mois, de Perth à Abu Dhabi en passant par Genève, pour une dotation de 12,8 millions de dollars. Deux franchises supplémentaires, une moyen-orientale et une sud-américaine, entrent en lice l’an prochain, avec un objectif de vingt équipes et vingt-quatre épreuves à terme.
Le monotype comme règle du jeu
Tous les équipages naviguent sur le même bateau, un F50 de 15 mètres pour 2,4 tonnes, capable de dépasser 100 km/h grâce à ses foils. Le record du championnat appartient d’ailleurs au bateau français, chronométré à 58,11 nœuds, soit 107,63 km/h, le 22 août dernier sur la Baltique, à Sassnitz. Une pointe atteinte avec la petite aile de 18 mètres, qui efface les 103,93 km/h des Danois de Rockwool établis un an plus tôt au même endroit. Rien ne peut être modifié à bord. Seules la taille de l’aile rigide, entre 18 et 27,5 mètres, celle des foils et le nombre de marins varient, et c’est l’organisation qui les impose la veille, en fonction du vent. Six équipiers se répartissent des rôles très précis, un barreur, un régleur d’aile, un contrôleur de vol qui maintient la coque au-dessus de l’eau, deux grinders qui fournissent la puissance hydraulique et une tacticienne. Chaque bateau embarque environ 125 capteurs qui alimentent, à terre, un « coach booth » où entraîneur et analyste data dialoguent en direct avec l’équipage.
Une franchise à l’américaine
Le modèle économique tranche avec celui de la voile traditionnelle. Chaque équipe appartient à un propriétaire ayant acheté une licence, et il n’y en a qu’une par pays. K-Challenge, sport-tech française fondée en 2001, a repris la franchise tricolore avec Kylian Mbappé, le groupe Accor et le fonds Ares Management, et l’opère en toute indépendance depuis le 1er janvier 2025. Le budget annuel est plafonné à 10 millions d’euros, salaires compris, dont près de la moitié revient à la ligue pour la location du bateau, la logistique, la maintenance et la production télévisée. Vingt-cinq personnes composent l’équipe, vingt-trois au maximum peuvent se déplacer, et 120 conteneurs voyagent par cargo d’une épreuve à l’autre. DS Automobiles y côtoie ALL Accor, L’Oréal Groupe, Leyton et K-Way.
Une saison contrariée
Installée dans le top 5 du championnat depuis trois saisons, l’équipe de France de Quentin Delapierre visait mieux cette année. Un podium en Australie a lancé la saison, avant qu’un accident à Auckland ne prive le groupe de deux marins pendant six mois. Ce week-end à Genève, onzième des treize manches, les Tricolores ont cru à une place en finale. Réguliers le samedi, deuxièmes de la quatrième course, ils ont payé un mauvais départ dans l’ultime manche qualificative et manqué le top 2 de leur groupe à un point. Sixièmes de l’épreuve, ils occupent le même rang au général. La victoire est revenue aux Espagnols de Los Gallos, devant les Australiens des BONDS Flying Roos et les Danois de Rockwool Racing, la Suisse de Sébastien Schneiter terminant quatrième devant son public. Restent Dubaï et Abu Dhabi, fin novembre. La direction mise désormais sur la stabilité, les équipages les plus constants étant aussi les plus performants. Le même équipage sera reconduit l’an prochain, celui-là même qui défendra les couleurs françaises lors de la 38e Coupe de l’America, à Naples.
Les treize équipes engagées
Australie, BONDS Flying Roos. Brésil, Mubadala Brazil. Canada, NorthStar. Danemark, ROCKWOOL Racing. Espagne, Los Gallos. États-Unis, United States SailGP Team. France, DS Automobiles SailGP Team France. Grande-Bretagne, Emirates Great Britain. Allemagne, Germany SailGP Team presented by Deutsche Bank. Italie, Red Bull Italy. Nouvelle-Zélande, Black Foils. Suède, Artemis, entrée dans le championnat cette saison. Suisse, Explora Journeys Swiss Team.
Trois questions à Stéphan Kandler, co-CEO de K-Challenge et de l’équipe de France DS Automobiles SailGP
Stéphan Kandler
« Le niveau est exactement le même, ce sont les meilleurs marins du monde. La différence, c’est qu’en SailGP les bateaux sont tous égaux, donc c’est vraiment l’équipage qui fait la différence. En Coupe de l’America, chacun dessine et construit son bateau, il faut beaucoup plus d’argent et on travaille sur trois ou quatre ans. Dans le football, je dirais que c’est la Ligue des champions et la Coupe du monde. »
Stéphan Kandler
« On ne peut pas être satisfait, parce que nous avions une grande ambition. Nous avions construit une nouvelle équipe et cela avait très bien commencé, avec une troisième place en Australie. Le crash d’Auckland a tout changé, nous avons perdu deux marins pendant six mois. Psychologiquement, cela a aussi été dur pour eux. »
Stéphan Kandler
« Il faut que l’équipe retrouve sa coordination. Nous garderons le même équipage l’an prochain, c’est comme cela qu’on monte en puissance et qu’on devient plus régulier. Nous sommes convaincus d’avoir tout ce qu’il faut pour réussir. »