Que l’intelligence humaine cède sa place à l’intelligence artificielle
Nous avons déjà, dans ces colonnes, pu critiquer l’inefficacité et parfois la dangerosité des équipements dits d’aide à la conduite supposés améliorer la sécurité sur les routes en transférant une partie des responsabilités des conducteurs vers des machines. La réalité d’un futur très proche est cependant encore plus inquiétante car l’objectif de moins en moins inavoué de dirigeants politiques est tout simplement le remplacement de l’homme par des machines suivant la devise : tant qu’il y a des hommes aux commandes, il y aura des accidents. Dans le monde automobile, cela se traduit par : pour améliorer la sécurité routière, développons des voitures autonomes.
Considérant les progrès faits en la matière, ce futur se rapproche plus rapidement que certains ne le pensent. Le développement des voitures modernes est basé sur le « software defined vehicle » (SDV), ce qu’on pourrait traduire par le « véhicule défini par le logiciel ». Si, jusqu’à présent, chaque voiture pouvait embarquer des dizaines de calculateurs avec pour chacun une fonction précise, l’architecture SDV n’utilisera plus qu’un seul grand calculateur (le « cerveau » de la voiture) qui centralisera toutes les fonctions souhaitées dont dispose le véhicule. Des calculateurs secondaires qui récupèrent des informations des capteurs et qui distribuent des informations centrales fonctionneront comme des routeurs. Le « cerveau » est en réalité un grand ordinateur qui centralise une infinité de données et d’informations en temps réel liées à la voiture et à son environnement, et qui peut traiter ces informations plus rapidement que le cerveau humain, et prendre des décisions en des fractions de seconde. L’homme est remplacé par l’ordinateur, la voiture devient autonome.
Il existe plusieurs normes de classification de degré d’autonomie des véhicules, comme par exemple les six niveaux de la « Society of Automotive Engineers » (SAE), du niveau 0 (aucune autonomie) jusqu’au niveau 5 (autonomie complète). Aujourd’hui, la quasi-totalité des automobiles sont dans les catégories 0, 1 (assistance au conducteur) et 2 (automatisation partielle), mais dans certains pays des véhicules de niveau 3, voire 4, circulent déjà (par exemple des taxis sans conducteur).
Avec les SDV, le niveau 5 (automatisation complète) sera atteint rapidement. Le véhicule gère alors toutes les tâches de conduite sans aucune intervention humaine. Pour tous ceux qui préfèrent rester maître de leur véhicule et conduire eux-mêmes, j’ai un seul conseil à donner : prenez soin de votre voiture actuelle et gardez-la.
Dr Yves Wagner
Président de l’ACL
Tags