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La première édition de l’ACL Moto Classic Tour, réservée aux motos de 30 ans et plus, a connu un franc succès. Près de trente-cinq machines ont répondu à l’appel, de la Gillet Herstal de 1933 aux sportives japonaises de la fin des années 1990. Soit plus de six décennies d’histoire de la moto réunies en un seul lieu.

Le plateau ressemblait à une frise chronologique grandeur nature, sur laquelle une Ariel Red Hunter de 1948 précède de près d’un demi-siècle une Suzuki GSX-R 750 de 1994. Allemandes, japonaises, italiennes, britanniques, américaine et belge, les grandes écoles de la moto étaient toutes représentées.

La doyenne venait de Belgique

Avec ses 93 ans, la Gillet Herstal de 1933 était la plus ancienne machine présente. La marque, fondée en 1919 par Léon Gillet à Herstal, près de Liège, partageait cette ville avec FN et Saroléa. À elles trois, elles ont fait de la région liégeoise l’un des grands foyers de l’industrie motocycliste européenne de l’entre-deux-guerres. Gillet Herstal a bâti sa réputation sur la robustesse de ses monocylindres et sur un exploit très médiatisé, le tour du monde réalisé en 1926 par Robert Sexé et Henri Andrieux au guidon de deux 350 de la marque. Confrontée, comme d’autres constructeurs européens, à l’essor de l’automobile populaire, l’usine a cessé de produire des motos à la fin des années 1950. Les exemplaires encore en état de rouler sont aujourd’hui rares.

L’Ariel Red Hunter de 1948 appartient à la même famille des monocylindres à soupapes en tête, version britannique. Lancée au début des années 1930, cette 350 est restée au catalogue jusqu’à la fin des années 1950.

BMW, la marque la plus représentée

BMW constituait le contingent le plus fourni de cette première édition, et sa sélection résumait à elle seule plusieurs chapitres de l’histoire de Munich. Deux R25/3 de 1954 et 1955 rappellent le rôle de ce monocylindre de 250 cm³ dans la remotorisation de l’Allemagne d’après-guerre. Les R60/5 de 1973 et R90/6 de 1974 illustrent la modernisation du flat-twin au début des années 1970, suivies par une R65 de 1982. Une R100RS de 1977, attelée à un side-car, évoque un modèle qui fut en 1976 la première moto de série dotée d’un carénage intégral étudié en soufflerie. Enfin, la R80 G/S de 1986 incarne la naissance du trail de grosse cylindrée, popularisé par les victoires de BMW au Paris-Dakar.

La CB750 Four, le choc venu du Japon

Parmi la douzaine de japonaises présentes, la Honda CB750 Four K2 de 1972 occupe une place à part. Dévoilée au Salon de Tokyo en 1968 et commercialisée l’année suivante, la CB750 a bouleversé le marché. Son quatre-cylindres en ligne transversal de 736 cm³, ses quatre silencieux et son frein à disque avant, rare à l’époque sur une moto de grande série, lui donnaient des performances jusque-là réservées à des machines exclusives. Le tout avec la fiabilité et le prix d’une production de masse. On lui attribue souvent la paternité du terme « superbike ». La K2 de 1972 n’en est qu’une évolution de détail.

Les autres japonaises racontent la suite de l’histoire. La Kawasaki Z900 de 1976 descend directement de la Z1 de 1972, réponse de Kawasaki à Honda avec son moteur à double arbre à cames en tête. La Honda CB400 Four de 1976 se reconnaît à son échappement quatre en un, tandis que la Yamaha XJ900 de 1983 représente la génération des routières semi-carénées. Les années 1990 sont incarnées par la Suzuki GSX-R 750 de 1994, la Honda CBR600F de 1995 et la Yamaha XJR1200SP de 1997, roadster au style délibérément rétro. Plus modestes, une Honda CB250 de 1974, une CL350 de 1973, une Rebel 125 de 1998, une Suzuki Savage et une Yamaha Virago 535 complétaient le tableau.

Des italiennes et une américaine

L’Italie était représentée par deux Moto Guzzi, une California II de 1986 et une 1000S de 1990 inspirée des sportives de la marque des années 1970, ainsi que par deux Ducati. La 900SS de 1991 marque le renouveau de la gamme Supersport à bicylindre en L refroidi par air, tandis que la Monster M900 de 1997 rappelle le succès d’un roadster dépouillé, dessiné par Miguel Galluzzi et devenu l’un des modèles les plus vendus de la marque. Notons également la participation d’une Harley-Davidson de 1978 et une Honda CX 650 Turbo complétaient ce tour d’horizon.

Au-delà de la diversité des modèles, ce rassemblement montre que ces machines restent bien vivantes. Entretenues, restaurées ou simplement préservées par leurs propriétaires, elles témoignent d’un savoir-faire et d’une passion qui se transmettent. La notion d’« oldtimer » ne se limite donc pas à l’automobile. Avec la règle des 30 ans, de nouveaux modèles deviennent éligibles chaque année, et les sportives du début des années 2000 rejoindront bientôt le plateau.