« Notre coupé à portes papillon est l’icône des années 1950 »
La première automobile à moteur à combustion n’est qu’un des précieux trésors exposés au Musée Mercedes-Benz de Stuttgart. Marcus Breitschwerdt, CEO de Mercedes-Benz Heritage, évoque les modèles iconiques et une entreprise dont l’histoire est marquée par l’élan pionnier et la transformation.
Marcus Breitschwerdt
J’ai régulièrement l’occasion de conduire des modèles de notre collection. Parmi mes préférés figure la C 111 à moteur Wankel. Une supersportive de 350 ch, 300 km/h en vitesse de pointe, avec des portes papillon. Je l’ai conduite il y a quelques années à Los Angeles. À un feu rouge, quelqu’un m’a interpellé : « Oh, it’s a Mercedes! When does it come to the market ? » Or, nous avons présenté la première C 111 comme véhicule expérimental en 1969. Plus de 50 ans plus tard, les gens pensent encore qu’il s’agit d’une nouveauté. C’est bien la preuve que nous avions tout fait correctement à l’époque, non ?
Marcus Breitschwerdt
La Benz Patent-Motorwagen était un tricycle, ce qui facilitait la direction. Avec environ 1,5 ch, elle atteignait à peu près la vitesse de croisière d’un cheval, sachant que le cheval n’avait évidemment pas la même endurance. C’était une sensation pour l’époque, mais les gens restaient sceptiques. La percée a été l’œuvre de Bertha, l’épouse de Carl Benz. En 1888, lors de son trajet de Mannheim à Pforzheim, elle a démontré que le véhicule pouvait parcourir près de 100 kilomètres.
Marcus Breitschwerdt
La première pierre a en réalité été posée par l’invention de l’automobile en 1886. Elle témoigne de l’esprit pionnier qui régnait dans le sud de l’Allemagne. Il n’y avait pas ici de grande industrie, et les gens savaient une chose : je ne peux me permettre un achat important qu’une seule fois dans ma vie – il faut donc qu’il m’accompagne toute une vie. Seul le meilleur était assez bon, les éléments techniques ne pouvaient pas être dépassés peu de temps après. Cela ne s’obtient qu’avec la meilleure conception, les meilleurs matériaux, la meilleure fabrication et un design intemporel. C’est ainsi que Gottlieb Daimler et Carl Benz ont conçu leurs produits. Vers 1900, tous deux étaient en tête du marché – avec des entreprises distinctes. Daimler lança la première Mercedes. Depuis lors, nous nous sentons à l’aise avec ce nom au sommet – et nos produits répondent aux exigences les plus élevées.
Marcus Breitschwerdt
Nos visiteurs entreprennent au musée un voyage dans le temps, de 1886 à aujourd’hui. Lors de leur parcours du haut vers le bas, les véhicules de chaque époque se trouvent toujours sur le côté droit. Ils sont flanqués sur la gauche d’objets d’exposition et d’images d’époque qui illustrent chaque décennie à travers des événements sociétaux, culturels et économiques. Cela inclut également la période nazie. Notre rôle à cette époque a été étudié de manière approfondie par des historiens, et nous le rendons aussi transparent dans l’exposition. Nous éclairons cette période à travers plusieurs vitrines, dont une consacrée au travail forcé.
Marcus Breitschwerdt
Notre coupé à portes papillon est l’icône des années 1950. Son histoire : nous avions construit en 1952 une voiture de course pour la Carrera Panamericana, la 300 SL de la série W 194. Elle disposait d’un châssis tubulaire léger, ce qui imposait des portes s’ouvrant vers le haut. Le véhicule a remporté toutes les grandes courses. Notre importateur général aux États-Unis, Maximilian Hoffman, s’est alors rendu à Stuttgart et nous a dit : « Je peux très bien vendre une version routière de cette voiture de course. » C’est ainsi qu’est née en 1954 la sportive de série du même nom avec ses fameuses portes papillon. Partout, les gens l’ont admirée. La 300 SL a montré qu’en Allemagne naissaient des automobiles fixant des standards dans le monde entier. Cela n’allait pas de soi dans cette période d’après-guerre.
Marcus Breitschwerdt
Nous avons essayé cette association, cela n’a pas bien fonctionné et nous nous sommes donc séparés. Nous venons d’un univers à deux marques – Benz et Mercedes – et nous avons aujourd’hui des sous-marques comme Mercedes-AMG, Mercedes-Maybach et la Classe G. La marque ombrelle Mercedes-Benz permet une telle différenciation, parce qu’elle repose sur des valeurs fiables et authentiques, et qu’elle est solide.
Marcus Breitschwerdt
La motorisation électrique recèle un formidable potentiel d’avenir – et déjà de présent. Notre ambition est de construire les meilleures voitures électriques du monde, et nous les présenterons avec un grand enthousiasme, en complément des modèles à combustion, qui conserveront encore leur importance pendant des années. Parallèlement, les systèmes d’assistance, avec toutes leurs possibilités, font partie intégrante des voitures numérisées d’aujourd’hui.
Marcus Breitschwerdt
Dans les fonctions professionnelles que j’ai exercées pour l’entreprise, j’ai pu bénéficier régulièrement de la conduite autonome – à savoir avec un chauffeur. C’est très bien lorsqu’on peut travailler dans la voiture. Sinon, mon opinion personnelle est la suivante : enfant, j’ai été conduit suffisamment longtemps par mes parents. L’un des plus beaux jours de ma vie a été celui où j’ai obtenu mon permis de conduire. Ce sentiment de liberté, je l’apprécie encore aujourd’hui. La conduite autonome aura certainement son utilité et une diffusion correspondante. Mais dans ce monde de plus en plus technologique, n’est-il pas agréable de pouvoir, au choix, conduire soi-même ?
Une collection d'une valeur inestimable
Le Musée Mercedes-Benz de Stuttgart présente environ 160 véhicules, des origines à nos jours. Y figurent non seulement des voitures particulières, mais aussi des utilitaires et des Flèches d’Argent. Le musée ne montre qu’une partie de la collection Mercedes-Benz, qui compte au total environ 1 200 véhicules. La vente en 2022 du fameux coupé Uhlenhaut pour 135 millions d’euros avait fait sensation. Le produit de cette vente a été affecté au programme de soutien beVisioneers, qui accompagne des milliers de jeunes du monde entier dans leurs projets liés au développement durable. La collection comprend des modèles encore plus précieux, comme la 300 SLR avec laquelle Stirling Moss remporta les Mille Miglia en 1955, raconte Breitschwerdt : « J’estime sa valeur à 250 millions d’euros, mais nous ne la vendrons jamais. »