Assemblées sur la même ligne de production à Douai et bâties sur la même plateforme, la Renault 5 E-Tech electric et la nouvelle Nissan Micra s’affrontent depuis novembre 2025 dans les concessions luxembourgeoises. Deux icônes ressuscitées, une technique commune, des prix qui se croisent au sommet de la gamme et, déjà, un premier verdict du marché. Comparatif sur la base des données constructeurs et des immatriculations luxembourgeoises.
L’histoire commence en 1972, lorsque Renault lance une petite traction bicorps à hayon qui va devenir la voiture la plus vendue de France pendant près d’une décennie : la Renault 5. Écoulée à plus de cinq millions d’exemplaires, prolongée par la Supercinq de 1984 à 1996, elle incarne la citadine populaire à la française. Sa renaissance suit un scénario méthodique : concept Renault 5 Prototype en janvier 2021, présentation de la version de série en février 2024, lancement commercial en octobre 2024. Le pari est gagné d’emblée : la R5 E-Tech electric est élue Voiture de l’année 2025 et, selon Renault, dépasse les 40 000 exemplaires vendus dès le printemps 2025, prenant la tête des ventes électriques aux particuliers en Europe.
En face, la Nissan Micra n’a rien d’une inconnue. Lancée en 1982 au Japon sous le nom de March, arrivée en Europe l’année suivante, elle s’est offert en 1993 le titre de Voiture de l’année, une première pour un modèle japonais. Détail savoureux : la cinquième génération était déjà assemblée chez Renault, à l’usine de Flins, entre 2016 et 2023. La sixième génération, dévoilée en mai 2025 et dessinée par le studio Nissan Design Europe de Londres, franchit un cap supplémentaire : elle devient 100 % électrique et 100 % Renault sous la carrosserie. Les commandes ont ouvert au Luxembourg en septembre 2025, pour des premières livraisons en novembre.
Une seule usine, deux carrosseries
Les deux citadines sortent de la Manufacture Ampere de Douai, au sein du pôle ElectriCity, dans le nord de la France. Elles reposent sur la plateforme AmpR Small (ex-CMF-B EV), dédiée aux électriques du segment B, avec batterie logée dans le plancher, train arrière multibras et centre de gravité abaissé. L’empattement (2,54 m), le coffre (326 l), le diamètre de braquage (10,3 m) et jusqu’à la monte pneumatique (195/55 R18) sont identiques au millimètre près.
Nissan a concentré son travail sur ce qui se voit. Le design, inspiré de l’univers des SUV selon la marque, se distingue par une signature lumineuse circulaire qui rend hommage aux Micra historiques, des passages de roues prononcés et des boucliers spécifiques. La Micra est ainsi 5 cm plus longue et 2 cm plus large que la R5, uniquement par ses porte-à-faux, sans le moindre centimètre gagné à bord. À l’intérieur, planche de bord partiellement redessinée, selleries propres et ambiances lumineuses personnalisables complètent la différenciation.
Habitacle et équipement : les vraies différences
À bord, l’architecture est commune : double écran face au conducteur et au centre, environnement Google intégré sur les finitions supérieures, compatibilité Apple CarPlay et Android Auto sans fil. La Micra aligne deux dalles de 10,1 pouces (et un combiné de 10,3 pouces dès la finition Advance), là où la R5 propose un combiné de 7 ou 10 pouces selon la version, associé à l’écran central de 10 pouces.
Trois différences concrètes méritent l’attention de l’acheteur. La première concerne la conduite à une pédale : la Micra propose dès sa finition « Advance » l’e-Pedal avec quatre niveaux de régénération sélectionnables aux palettes, arrêt complet inclus. Une fonction que Renault réserve précisément à la Renault 4 au sein de sa propre gamme. La deuxième différence se trouve au niveau de la recharge intelligente : la R5 embarque en version 52 kWh un chargeur AC 11 kW bidirectionnel qui la prépare au V2G, tandis que la Micra se contente pour l’instant d’être annoncée « prête pour le V2G ». Troisième nuance, le V2L : de série dès la version d’accès chez Nissan (adaptateur fourni), il reste optionnel chez Renault (jusqu’à 3 700 W).
Sur la garantie, avantage Nissan au Luxembourg : aux 3 ans constructeur et aux 8 ans ou 160 000 km sur la batterie, communs aux deux modèles, s’ajoute le programme Nissan More, qui prolonge la couverture du train roulant jusqu’à 10 ans ou 200 000 km via l’entretien en réseau.
Technique : le jeu des sept différences tourne court
Les chiffres constructeurs montrent une gémellité presque parfaite. Motorisations de 90 kW (120 ch) et 110 kW (150 ch), couples de 225 et 245 Nm, batteries de 40 et 52 kWh, 0 à 100 km/h en 9 et 8 secondes, vitesse maximale de 150 km/h : tout est identique. Seule l’autonomie sépare les deux voitures, et encore : 317 et 416 km WLTP pour la Micra contre 312 et 410 km pour la R5, un écart de 4 à 6 km cohérent avec la consommation homologuée légèrement inférieure de la Nissan (14,2 et 14,7 kWh/100 km). Les poids à vide se tiennent en une poignée de kilos.
48 euros d’écart
Au lancement, les deux stratégies semblaient opposées. Renault jouait l’accessibilité avec la version Five de 95 ch à 24 077 euros TVAc, sous la barre symbolique des 25 000 euros, tandis que Nissan positionnait sa Micra à partir de 28 283 euros, avec un équipement de série plus fourni (recharge rapide DC, pompe à chaleur, écran central 10,1 pouces).
Un an plus tard, la réalité tarifaire s’est resserrée. La Five a disparu du catalogue luxembourgeois et la gamme R5 démarre désormais avec l’Evolution 120 ch à 27 171 euros TVAc (configurateur renault.lu, juillet 2026), face à la Micra Engage 40 kWh affichée à 28 283 euros sur la liste de prix Nissan de janvier 2026.
Dans les versions les plus complètes, l’alignement est troublant : 35 390 euros pour la R5 Roland-Garros 150 ch et 35 438 euros pour la Micra Evolve 52 kWh. Quarante-huit euros d’écart entre deux voitures techniquement identiques : difficile de faire plus symbolique. Restent les offres du moment, qui peuvent inverser la donne : Nissan affichait en juillet 2026 la Micra Engage à 24 077 euros, soit très exactement le prix de lancement de la R5 Five.
Une Micra pour six Renault 5
Comment le public a-t-il accueilli les deux modèles au Luxembourg ? En regardant le détail des données ouvertes de la SNCA (parc automobile publié le 7 juillet 2026, premières mises en circulation de janvier à juin 2026, motorisation 100 % électrique), on constate un rapport de force sans appel : 484 Renault 5 E-Tech neuves contre 78 Nissan Micra sur le premier semestre, soit un rapport de un à six. Une lecture honnête impose toutefois une nuance de calendrier : la R5 est commercialisée depuis octobre 2024 et bénéficie d’une gamme complète et d’une notoriété installée, quand la Micra n’est livrée que depuis novembre 2025.
| Janvier à juin 2026 | Renault 5 E-Tech electric | Nissan Micra |
| Immatriculations neuves | 484 | 78 |
| Détail mensuel (jan. à juin) | 48 / 70 / 84 / 115 / 87 / 80 | 1 / 10 / 12 / 20 / 18 / 17 |
| Part batterie 52 kWh | 435 (90 %) | 38 (49 %) |
| Part batterie 40 kWh | 49 (10 %) | 40 (51 %) |
| Couleur n° 1 | bleu (160, soit 33 %) | blanc (41, soit 53 %) |
Le choix des batteries révèle deux clientèles différentes.
Sur la R5, la grande batterie de 52 kWh écrase le match avec 90 % des immatriculations (435 sur 484), la version 40 kWh restant marginale (49 unités, dont 3 encore en 95 ch). Sur la Micra, la répartition est presque parfaitement équilibrée : 40 exemplaires en 40 kWh, 38 en 52 kWh. Une partie de l’explication tient sans doute aux conditions commerciales agressives de Nissan sur la version d’accès Engage.
Les couleurs, enfin, racontent peut-être la différence la plus parlante entre les deux voitures. Un tiers des R5 luxembourgeoises roulent en bleu (160), devant le blanc (99), le noir (95) et surtout le jaune (85), un score remarquable pour une teinte aussi expressive : près de sept R5 sur dix arborent une couleur franche. La Micra présente le profil exactement inverse : plus d’une sur deux est blanche (41 sur 78), et les teintes vives restent minoritaires (16 bleues, 8 rouges).
Deux voitures jumelles, deux publics : la R5 s’achète comme un objet de style, la Micra comme une citadine rationnelle. La palette proposée n’y est sans doute pas étrangère, les coloris pop de Renault jouant à fond la carte néo-rétro là où le nuancier Nissan reste plus classique.
Verdict
Puissances, batteries, performances, coffre, empattement, braquage et pneumatiques identiques : la Micra est bien une R5 rebadgée, assumée comme telle par l’Alliance, et ce n’est pas un défaut. La Renault conserve pour elle l’aura de l’icône française, le titre de Voiture de l’année, le chargeur bidirectionnel et, au Luxembourg, un plébiscite commercial que les chiffres du premier semestre 2026 confirment sans appel. La Nissan répond par l’e-Pedal, le V2L de série, une garantie prolongée et des conditions commerciales agressives. À prix catalogue quasi égal, le choix se jouera sur le style, l’ambiance intérieure et la remise obtenue en concession. Le badge, lui, ne change rien à la voiture.
Fiche technique comparative
| Renault 5 E-Tech electric | Nissan Micra | |
| Puissance (kW / ch) | 90 / 120 et 110 / 150 | 90 / 120 et 110 / 150 |
| Couple (Nm) | 225 / 245 | 225 / 245 |
| Batterie (kWh) | 40 / 52 | 40 / 52 |
| Autonomie (km, WLTP) | 312 / 410 | 317 / 416 |
| Consommation (kWh/100 km, WLTP) | 14,5 à 15,5 | 14,2 / 14,7 |
| 0 à 100 km/h (s) | env. 9 / 8,0 | 9 / 8 |
| Vitesse maximale (km/h) | 150 | 150 |
| Charge AC / DC (kW) | 11 / 80 (40 kWh), 11 bidirectionnel / 100 (52 kWh) | 11 / 80 (40 kWh), 11 / 100 (52 kWh) |
| Longueur (mm) | 3 922 | 3 974 |
| Largeur sans rétroviseurs (mm) | 1 808 | 1 830 |
| Hauteur (mm) | 1 498 | 1 499 |
| Empattement (mm) | 2 540 | 2 541 |
| Coffre (l, VDA) | 326 / 1 106 | 326 / 1 106 |
| Poids à vide (kg) | env. 1 353 / 1 449 | 1 377 / 1 452 |
| Remorquage freiné (kg) | 500 | 500 |
| Diamètre de braquage (m) | 10,3 | 10,3 |
| Pneumatiques | 195/55 R18 | 195/55 R18 |
| Suspension arrière | multibras | multibras |
| Garantie batterie | 8 ans / 160 000 km | 8 ans / 160 000 km |
| Prix de base (€, TVAc) | 27 171 (Evolution 120 ch) | 28 283 (Engage 40 kWh) |
| Prix haut de gamme (€, TVAc) | 35 390 (Roland-Garros) | 35 438 (Evolve 52 kWh) |
| Immatriculations LU (S1 2026) | 484 | 78 |